Essence

De mon oeil impitoyable

Claude Monet, Les Nymphéas

De mon œil ardent d’endormie

 Je frissonne dans ce lavoir

 Cloche empourprée de grêle

   Je flotte comme

  Dans le passé

  Un vol de mouettes au bec rouge

  Me frôle

 Dans ce jardin à plumes

Les mouettes rieuses ricanent

 De mon lit de nymphéas

  Du bassin d’iris et de nénuphars

 Je ne souhaite point en guérir.

«Ensorcelée» par les chroniques normandes

 A l’affût de ce jardin d’eau

  Mon corps se repose

   Dans cette masse de couleurs

   Auprès de glycines mauves

    De flambées de fougères de Kalmia

    Dans mon fortuné jardin

   Patrimoine de ma vie

 Sous la flamme des capucines exubérantes

Mon œil explose de teints rose et orangé

 Chauds et denses,

Point de soupir à ce sort.

 Tout bas

 Je guette toujours

  Mêle les agapanthes

   Dahlias géants

  Pommiers et cerisiers

  Farouche œil

  Impitoyable

  Et étincelant,

  Brumeux  de  cette peinture

  Fête vermeille !

  Ô sacrilège bassin

  Effroi ce froid

  Mon œil incendié

   Frémit.

  Oscillement à mes oreilles

   Le timbre d’une onde

   Me traverse

   C’est toi.


Le chemin le plus court

Le  chemin le plus court pour te rencontrer
C’est le  silence
Cette flûte, écho d’un rossignol esseulé
Qui m’appelle
La voûte de l’eau jaillit
 La terre ouvre ses  yeux
Le soleil rayonne avant l’aube
Jour partout
Quête d’un voyage pour te rejoindre
Silence 
Mouvements successifs de mes  bras
 Bruit de l’air  déployé
Silence
Le chemin  le plus court
Pour te rejoindre
C’est la traversée  de mon dedans
 Vers un  dehors
 Et tout se conjure par  cette  flûte
 Rotation et  vertige

Passage et  cheminement
 Tu n’es pas l’autre !
Le  chemin le plus court
 Tremblement et hantise
Musique de mon corps
 Mes vers  rejoignent
  Le rossignol
  Qui  nous  contemple
  Unité  perdue de mon âme
  Je te  recrée
  Et touche  les  contours  de ton  cercle
  Centre    lumineux
  Mes  doigts  atteignent  ta beauté
   Que  j’ enfile
   Le chemin le plus court
    Pour fêter  ton retour
    Murmure  dispersé
     Peint d’un  symbole
     Souffle d’un vent de l’aube
     Venant  vers  moi
      Par  degrés  céleste et  latent
      Le chemin le plus  court
       Un sentier  étroit
        État qui transcende l’individuel
        Pour te retrouver
        C’est réveiller  ton âme  endormie
         A la mesure
         De transmission du merveilleux
          Nous  voilà mus
           Par nos  créations,
           Le tambour résonne du  ciel
           Et nous  montons, montons
           Pour toucher la goutte
           De l’éveil.

Tournoiement

Tournoiement

« L’Arbre », Chaïm Soutine

Au réveil, ce velours vert n’est pas en repos

L’écorce humide et l’herbe silencieuse attendent la lumière

Les feuilles enroulées sur elles-mêmes, vont être bientôt irriguées de rayons d’or. 
Ma danse commence, se déploie.

C’est l’heure du tournoiement.

Une muette riante

Miró Joan (1893-1983). Paris, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle. Crédit : connaissancedesarts.com

Je chante pour une musique rare

Pour l’exception du silence

Lui laisse la place et me donne

A l’intensité

 De son vide

 Au silence de l’être

 Au silence de l’absence.

 Je fais mien ce mutisme

 Et l’interroge

  Alors qu’il s’empare de ma voix.

  Toute à lui, puissante

   Aporie d’êtres

   D’objets

  Mon silence enrobe mes vases

   Enrobe les mots

   Fait de moi une dévouée

  Vide, viens me recouvrir comme

   Un voile

  Orne mes lèvres suspendues

   Comme une cérémonie

   Née dans l’immanence !

   Je ne refuse rien

   Je n’exclue rien

   Silence,

    Le retour à soi

    Je mélange les sons

  Et mes volutes d’âmes

  Accroissement du vide

  Désormais

  Tout devient prononçable

Œuvre de mon silence

 Je suis à toi muette riante

 A toi

 Mon silence

 Eperdument.

Portes

Devant cette porte

Une clé rouillée ne m’autorise pas, 

Je n’ai pas la permission de franchir 

Cette porte

Qui m’invite… (la suite audio)

Recension de « Nimbes » par Luc Vidal

Sur Nimbes d’Arta Seiti, Fauves éditions, par Luc Vidal
Nimbes, limbes, labyrinthe, marelle. L’association de ces quatre mots cristallisera le commentaire que je vais tenter de faire du livre subtil et vibrant d’Arta Seiti. Le je de cet écrit a « les yeux pluriels ». Et c’est le chemin de la poète vers l’altar ( l’autel ou le choeur) qu’elle atteindra l’ataraxie, la tranquillité de l’âme. Nimbes, le mot du titre est au pluriel. Peut-être est-ce pour l’auteure une manière de dire aux lecteurs attentifs qu’elle suggère dans son livre une multitude d’approches du sens du mot selon les époques d’elle-même et selon ses propres perceptions du phénomène. Nous retiendrons pour les besoins du commentaire l’idée suivante : celui du disque de lumière dont la recherche intime est au centre de la vie d’Arta et de l’écriture même du livre. Il ne s’agit pas de l’auréole qui irradie le corps entier. Recherche mystique, métaphysique et sensuelle, tant il est vrai que ces thèmes traversent l’écriture et l’être de la poète. Ses recherches intellectuelles citées, mangées dont elle se nourrit renforcent la présence physique de ses identifications aux mythes fondateurs de l’humaine condition… (Lire la suite)

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