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Aréthuse dans les eaux douces – « Surface suivi de Case-ciel »

Alpheus et Arethusa, Carlo Maratta (1625–1713) (c) Wikimedia commons  
 

Les Eaux douces

Il était cinq heures du matin. Les ondulations de l’eau cessèrent, et l’on ne voyait que l’or

doré percer en profondeur la Surface inversée. Ce rouge roux des maisons retournées dans le

reflet de l’eau, sans vague, de contours flous encadrés par des réverbères dorés verdâtres, dormait

encore. Dans une maison qui flottait, elle trouva refuge et habita. Une maison translucide

où le bleu et le roux de l’autre vie devenaient gris. Cette quiétude de la vie sous l’eau

l’émerveilla. L’aboiement d’un chien dont le son semblait venir de la Surface fut en passe de

s’éteindre. Le piaulement souffrant, l’eau le rendit sourd. Ainsi ne sentit-elle point ces présences,

habitant la même ville. Le lac l’adopta et elle fut amoureuse de la profondeur. À l’instar du

reflet de ces murs et de ces meubles à l’envers, elle se mit, de même, à retourner son corps, et,

sa nudité ingénue fut en parfaite harmonie avec son être.

Il fit sombre mais ce mode retourné, loin de la froideur, des formes ternes de vie, en Surface,

lui convint mieux. Elle commença à faire sienne ce choix lumineux de reflets et mirages.

Éprise de ce violet pâle, elle aimait ce remarquable passage à la lenteur où elle put sortir par

les fenêtres et rentrer par une porte, aisément, sans vague. Son déplacement devint léger, tout

comme le mouvement de son corps, enveloppé d’un gris pâle, dont la couleur mutait suivant

la nuance des lumières. Comme un tableau qu’elle tourna, elle trouva le

trait d’autres couleurs, et elle éclaira à sa manière sa nudité, alors que l’eau se déplaçait à sa

guise. L’obscurité de cette plongée fit, désormais, partie de sa vie.

À la nuit tombante, le décor était vif et mouvant.

L’aube revint, et la seule lumière de réverbères dotés d’éclats longs et accentués par un

dedans magnifié, fit vibrer les objets renversés. Ils vacillaient, à chaque levée du vent de ce

matin, annonçant un duel avec un être dont elle ne connaissait ni l’apparence ni la direction

de son déplacement.

Quelle lumière envelopperait ses membres ? Aréthuse attendait patiente. Elle fit confiance à

la profondeur, et à ces murs sombres qui semblaient annoncer des revenants.

Il commença à pleuvoir. Quelques gouttes tièdes blanchâtres tombèrent à une aube obscure,

comme des étoiles. Sans vigueur, mais comme un torrent lancinant, elle sentit des cloches,

et un bruit sourd. Une musique de pas, et le déplacement de l’eau vint subrepticement changer

l’ambiance de chez elle. Elle attendait depuis longtemps…

D’intemporels mouvements et membres maigres prirent le rythme de l’eau. Seulement, un

rayon pâle laissa entrevoir, à peine, l’ombre qu’elle sentit proche.

Surface est le récit d’une comédie humaine d’un ailleurs, une transcendance du temps et de l’espace. C’est une libération d’inventer. Une mobilisation de manières à penser qui créent des sujets grotesques, fantastiques et romanesques. Sans relief précis, cette région illimitée est prête à être peuplée. Surface est, en outre, une “voie transfiguratrice” où les mots vont au-delà des mots. Toujours en éveil, elle renaît, elle se ressemble, elle est en quête, évolue à l’intérieur de ses plis. La nature et le surnaturel se mettent en cause et s’unissent à la fois. (Préface)

« Surface suivi de Case-ciel », éditions Petit Véhicule, octobre 2019.

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