Claude Monet, Les Nymphéas

De mon œil ardent d’endormie

 Je frissonne dans ce lavoir

 Cloche empourprée de grêle

   Je flotte comme

  Dans le passé

  Un vol de mouettes au bec rouge

  Me frôle

 Dans ce jardin à plumes

Les mouettes rieuses ricanent

 De mon lit de nymphéas

  Du bassin d’iris et de nénuphars

 Je ne souhaite point en guérir.

«Ensorcelée» par les chroniques normandes

 A l’affût de ce jardin d’eau

  Mon corps se repose

   Dans cette masse de couleurs

   Auprès de glycines mauves

    De flambées de fougères de Kalmia

    Dans mon fortuné jardin

   Patrimoine de ma vie

 Sous la flamme des capucines exubérantes

Mon œil explose de teints roses et orangés

 Chauds et denses,

Point de soupir à ce sort.

 Tout bas

 Je guette toujours

  Mêle les agapanthes

   Dahlias géants

  Pommiers et cerisiers

  Farouche œil

  Impitoyable

  Et étincelant,

  Brumeux  de  cette peinture

  Fête vermeille !

  Ô sacrilège bassin

  Effroi ce froid

  Mon œil incendié

   Frémit.

  Oscillement à mes oreilles

   Le timbre d’une onde

   Me traverse

   C’est toi.